Des calculs sondagiers simplistes aux calculs politiciens

sondageDepuis que la défaite de Valls est dans l’air, les appels à l’unité se multiplient. Ainsi, à peine Hamon a–t-il été désigné pour représenter le parti socialiste que la seule question acceptable semble être devenu pourquoi n’y a-t-il pas un seul candidat pour représenter la « gauche » ? On peut parier que  le « vote utile » va faire son retour d’ici peu.

Revenons d’abord sur le calcul simple pour ne pas dire simpliste que font ceux et celles qui additionnent les résultats des horoscopes sondagiers pour en faire la base de leur raisonnement.

Tout d’abord peut-on émettre un doute sur la crédibilité des dits sondages ? Une simple observation de sondages réalisés avant les dernières élections  en France, mais plus largement pour les élections qui ont eu une résonance mondiale, le moins que l’on puisse dire c’est que le doute est permis.

juppe950X380• Pour le référendum britannique pour le maintien ou la sortie de l’Union Européenne, les instituts donnaient quasiment tous la victoire du maintien. A peine certains instituts plus prudents indiquaient-ils que les indécis étaient encore nombreux.

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• Pour le référendum grec, les sondages donnaient quasi unanimement un résultat exactement inverse au résultat finalement obtenu.

• Pour les élections américaines, les instituts, dans leur grande lucidité nous ont annoncé la victoire de Mme Clinton.

• Les sondages réalisés à l’occasion des primaires du PS ou de la droite étaient aussi précis que les tuyaux de Dédé pour la cinquième à Longchamp, en donnant brillamment les résultats dans le désordre.

• La victoire du OUI au référendum sur le traité constitutionnel de 2005, était prédite par tous les instituts. Le NON l’a emporté à 55%

• Si les faits, comme les électeurs et électrices, n’étaient pas si imprévisibles les seconds tours de 2012 et 2017 auraient été Strauss-Khan/Lepen et Juppé/Lepen. Sans revenir sur les duels annoncés Balladur/Delors ou Jospin/Chirac de 95 et 2002.

Certain.e.s répliqueront que parfois les sondages ne se trompent pas ! Bien entendu, mais tout comme chacun peut se reconnaître dans un horoscope ou comme de l’eau sucrée, utilisée en placebo, soigne les maux de ventre dans 30% des cas !

sondages févrierEn plus des doutes qui pèsent sur la crédibilité des sondages, le second étage de la fusée est représenté par les médias qui vont reprendre, mais seulement partiellement, les chiffres des instituts. Aucune chaine d’info ne fait état des légères précautions que prennent les sondeurs. Ainsi, rien que pour les sondages de ces derniers jours, trois colonnes ne sont jamais citées par les médias : D’abord la faible taille de l’échantillon, ensuite l’abstention de presque 40% des 1400 sondé.e.s ce qui nous laisse 850 réponses et enfin que, en moyenne, 44% des réponses en faveur d’un.e candidat.e peuvent changer ! L’échantillon final représente donc 450 réponses. Donc pour un candidat à 20%, il a eu 90 réponses sur 1400 personnes sondées au départ soit 6%. Sachant que les instituts eux même indiquent, ou sont tenus d’indiquer, une marge d’erreurs de 4,5% pour un échantillon de 500 personnes, on comprend mieux l’imprécision de leurs prédictions.

Admettons, pour la poursuite du raisonnement des inconditionnels unionistes, que les sondages, doutes méthodologiques et myopie médiatique compris donnent une indication. Encore faudrait-il que les électeurs et électrices se comportent comme des captif.ve.s pouvant être transvasé.e.s d’un candidat à l’autre en fonction des stratégies et de la volonté des dirigeant.e.s. Là encore un simple coup d’œil dans le rétro jette un doute sur cette addition.

• En 2012, 3 candidats se revendiquant de gauche dépassent les 2% Hollande (28.6% exprimés et 10Millions de voix), Mélenchon (11.1% et 4 millions de voix) et Joly (2.3% et 0.8 million de voix) Hollande est élu au second tour

• En 2007 Royal est la seule candidate se revendiquant de gauche à passer les 2% (9.5 m de voix et 25%). Besancenot se revendiquant de l’extrême gauche fait 1.4m de voix et 4%. Au second tour Royal est battue.

• En 2002, 5 candidat.e.s se revendiquent de la gauche Jospin (16% et 4,6Mde voix), Chevenement et Mamère (1.5 Millions de voix et 5.2% chacun) Hue (1M de voix et 3.3%) Taubira( 0.6 million de voix et 2.3%) A noter que Lepen accède au second tour avec 4.9 Millions de voix 16.8%, en ayant un, voir deux concurrents à l’extrême droite Mégret 2.3% 0.6million de voix et Saint Josse (1.2 millions de voix 4.2%).

On le voit les calculs simplistes n’ont pas lieu d’être et même, en remontant plus loin, Mitterand candidat unique de la gauche en 74 est battu en arrivant pourtant largement en tête au premier tour (11 millions de voix 43% au premier tour). Il l’emporte en revanche en 81 en arrivant second au 1er tour (8.5 millions de voix 25%) alors que Marchais pour le PCF réalisait 5 millions de voix soit 15% et Lallonde, pour l’écologie, 1 million de voix et 3.8%.

Alors à quoi correspondent ces injonctions à l’unité ? La peur d’un second tour avec la présence du FN? Qui croit aujourd’hui que c’est sur la peur que l’on va mobiliser le grand nombre sauf à utiliser le même ressort argumentaire que ceux que nous voulons combattre. C’est sur la peur et l’ignorance que prospère l’extrême droite et la xénophobie, nous devons faire le pari de l’intelligence, de la confiance en l’avenir et de l’universalisme.

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Je ne suis pas un analyste politique, ni un statisticien j’ai juste ouvert quelques pages wikipédia pour éclairer cette union qui est brandie par certain.e.s comme la solution miracle.

Je comprends les appels, sincères,  de la part de citoyen.ne.s bombardé.e.s à longueur de journée, de leur réseaux sociaux aux chaines d’info, en passant par leurs quotidiens et les 20h d’injonction à l’union comme seule possibilité déviter une défaite annoncée depuis si longtemps par les même sondeurs. Mais que penser qaund ces mêmes appels viennent des appareils politiques qui ont, je l’imagine, pléthore d’analystes politiques et de statisticiens ayant fait de grandes écoles? Ces grands et vieux partis avec leur légions de permanent doivent parfaitement savoir que le retrait de Mélenchon ou de Hamon ferait fuir immédiatement une bonne partie des électeur.trice de l’un ou l’autre soit pour rejoindre l’abstention soit pour trouver un ou une candidate plus conforme à leur aspiration au « dégagisme ».

Ne sont-ils pas capables de remarquer que l’air du temps est à dégager la noblesse de cette monarchie présidentielle ? Virer, quand l’occasion se présente, ceux qui ne respectent ni les attentes populaires, ni les engagements pris, ni même les résultats électoraux comme en 2005. Dehors les Sarkosy, Hollande, Valls et sans doute Fillon en attendant les suivant.e.s. Ou alors faut-il voir, dans les appels à l’union de certains partis une tentative désespérée de ne pas être de la prochaine vague de départ en espérant sauver leurs petits fiefs locaux?

Du côté des insoumi.e.s, la question des institutions est centrale. La mise en place dès la fin de l’élection d’une assemblée constituante n’est pas un gadget. C’est la possibilité pour que les citoyen.ne.s de ce pays écrivent de nouvelles règles qui sont devenues urgentes, ne serait-ce qu’à voir à quelles vitesse les scandales  se succèdent. Sans horizon positif et démocratique, ici comme dans d’autres pays n’importe qui et n’importe quoi fera l’affaire pour renverser la table.

Une magouille, même maquillée sous le jolis nom de négociation pour une majorité plurielle surtout si elle vise à remettre en jeu ceux et celles qui viennent de salir le mot gauche pendant cinq année, ne fera pas illusion.

La France Insoumise doit mener campagne sur son programme. Laissons Benoit Hamon construire et présenter son programme en choisissant ceux et celles qui le défendront ou le fronderont. Le temps des cheptels électoraux n’a jamais existé et ce n’est pas durant cette campagne, où chaque semaine apporte des rebondissements digne d’une saison de Game of Thrones que les électeurs et électrices accorderont leur suffrage en respectant des consignes politiciennes. A voir comment les électeurs et électrices de droite ont renvoyé Sarkosy et Juppé, comment ceux du PS ont remercié Hollande et Valls, ils semblent bien que l’insoumission soit généralisée.

Laurent Abrahams