Feminisme et laïcité

J’ai eu plaisir aujourd’hui à participer à la journée régionale organisée par l’UFAL sur le thème « Combat social, combat laïque ».

2 tables ronde ont rythmées l’après-midi où chacun, chacune a démontre à sa façon, selon son engagement politique, syndical ou associatif que ce combat était aujourd’hui la réponse politique d’une alternative que nous devons construire à gauche, celle de la réappropriation du pouvoir et de l’engagement pour nous citoyens, citoyennes. Ceci impliquant une lutte globale qui soit tant sur le plan humain, social que démocratique, laïque et féministe.

C’est à ce titre qu’il m’a été demandé d’intervenir sur la question « laïcité et féminisme » en tant que responsable politique aux côtés de Benoit Schnekenburger (professeur de philosophie et secrétaire national à la laïcité au Parti de Gauche) et Soad Baba Sassi (responsable nationale de la commission laïcité de Femmes Solidaires).

Le cadre philosophique et politique de ces 2 thèmes a exposé, de même que le lien qui unit intrinsèquement le féminisme et la laïcité. Les sites et blogs de l’UFAL, de Femmes Solidaires, du Parti de Gauche ont largement développé, j’invite les lectrices et lecteurs à les consulter.
Je suis intervenue en partant du postulat que « féminisme et laïcité » c’est la question du vivre-ensemble que nous avons pour visée politique. Un projet de société qui promeut l’émancipation, des hommes comme des femmes, garant de nos libertés et de l’égalité en droit pour toutes et tous.

Oui nous devons combattre pour y parvenir et préserver les droits gagnés et les avancées sociales du début du XXe siècle.

Oui combattre car nos adversaires sont multiples et organisés. Qui sont ils? Et Quel projet de société défendent ils?

Maryam Nawazie, militante féministe iranienne, le dit très bien: « La période est marquée par la montée de la droite religieuse, non pas en raison d’un regain des religions, mais parce que des États et des mouvements politiques d’extrême-droite utilisent la religion pour asseoir leur propre pouvoir. C’est une conséquence directe du néo-conservatisme, du néo-libéralisme et des politiques sociales inspirées par le communautarisme et le relatisme culturel ».

Leurs noms sont tant les organisations comme Civitas ou l’UOIF, que les indigènes de la république, les hostiles au « mariage pour tous », ou encore ceux qui aspirent à la Présidence de la République tels Marine Le Pen, ou François Fillon pour ne citer qu’eux.

Toutes et tous attaquent les droits des femmes, suffit de regarder l’actualité en France, en Pologne, en Espagne sur les attaques répétées remettant en cause le droit à l’avortement, le droit à l’IVG. Ils et elles attaquent les femmes directement dans leur chair, ils et elles ne nous reconnaissent pas du droit à disposer de notre corps!

C’est bien l’égalité des sexes qui est clairement attaquée c’est à dire qu’ils et elles défendent un projet d’oppression et de discrimination dont femmes et jeunes filles sont victimes quotidiennement. La laïcité garantit non seulement la liberté de conscience et de culte, mais également l’égalité en droits, second volet très fréquemment oublié. Ce qui permet ainsi de la qualifier d’ouverte ou de valeur occidentale, pour mieux la contester. La laïcité n’est pas une question de « blancs ». Elle est universelle. Qui peut accepter qu’une femme se fasse exciser parce qu’elle est noire et d’origine  d’un pays soit disant coutumier de cette pratique?

Je voudrai évoquer 2 entités, l’une humaine: les femmes ou jeunes filles, l’autre géographique: les quartiers populaires. Je veux parler de l’une et l’autre, pas de la question des femmes des quartiers populaires, bien qu’il y ait beaucoup à dire. Ce sont bien 2 entités qui vivent le cœur de la crise économique, politique, démocratique et sociale. Cette crise systémique accroit inégalités  et injustices. Donc quand on promeut « laïcité et féminisme », on défend l’idée même de la justice sociale. Quand nous militant-e-s féministes, laïques et républicains prônons la nécessaire lutte globale, c’est bien celle de la lutte des classes. Et c’est précisément là que l’ensemble de nos adversaires poussent notre société à l’affrontement identitaire, au repli sur soi, à sa communauté et donc au relatisme culturel.

Ça veut dire quoi?

Que comme moi lorsque l’on nait, grandit, habite dans le 9-3, que l’on est blanche de peau,  d’origine de l’Est, 1ere génération née en France, j’ai le droit d’avoir des droits que mes copines noires ou basanées de 2nde, 3e ou 4e génération ne pourraient avoir?!

Comment accepter que des femmes migrantes venues vivre en France ne soient pas régies par le droit français, et donc sous la coupe encore du système patriarcal de leur pays d’origine leur interdisant toute liberté de décider?!

Égalité et liberté pour toutes, point final.

Pour ces exemples, comme pour la question du port du voile dans les établissements scolaires qui a tant fait débat dans notre société depuis la loi de 2004.

La lutte est globale je l’ai dit, elle est aussi internationale. Il est impératif de renforcer la solidarité entre les mouvements féministes.

Partout les droits des femmes sont remis en cause.

Lorsque nous reculons sur la laïcité, en théorie comme en actes,  c’est le vivre-ensemble qui s’effrite. Par peur d’affronter les problèmes de l’obscurantisme et de l’intégrisme, la conséquence de ce recul est partout pareil, que ce soit ici à Paris ou Ouagadougou. Je ne peux m’empêcher de penser à Honorine, une femme burkinabè résolument engagée qui me disait « mais si la France laisse faire, qu’allons nous devenir ici?! »

Riva Gherchanoc