Pour répondre à des camarades communistes de Montreuil et Bagnolet

defile-france-insoumise-5-juin-melenchonCette note est née d’un commentaire fait sous forme de réponse à la publication de l’intervention Vincent F Lietchi préparée pour l’AG des communistes de Bagnolet du 15 novembre 2016. Je me permets d’élargir cette réponse à d’autres camarades communistes avec qui j’ai pu échanger soit directement soit au travers des réseaux sociaux.

Cher.e camarade du PCF qui t’interroges sur la démarche de la France Insoumise voir t’insurges contre la candidature de Jean-Luc Mélenchon sans pour autant présenter d’argument d’ordre programmatique qui pourraient expliquer cette véhémence ou cette méfiance.

Tout d’abord, je ne peux que te rejoindre sur un certain nombre de constat notamment sur les conséquences des politiques menées par Valls et Hollande, sur le retour possible de la droite qu’elle soit dure ou extrême, sur le dégoût des politiques qui se servent plutôt que de servir, sur les aspirations à de nouvelles pratiques, sur le constat partagé de l’urgence écologique ou sur la proximité de l’Avenir en Commun le programme de la France Insoumise et du socle défendu par le PCF.

Je ne commenterai pas le choix du PCF de s’être lancé dans ce projet de primaire dès le mois de janvier 2016 hors du cadre collectif déjà largement fragilisé du Front de Gauche. Mais, tout de même, ce choix n’est pas sans rapport avec l’annonce de Jean-Luc Mélenchon de proposer sa candidature au mois de février, actant ainsi son refus de participer à ce piège des primaires dont beaucoup disent, même si c’est à posteriori, douter largement.

dscf1327De façon logique, beaucoup de tes camarades appellent maintenant à soutenir, de façon plus ou moins claire, la candidature de JL Mélenchon installée dans le paysage politique bien plus fortement qu’en 2012. Sans doute que, ces militant.e.s et ces élu.e.s sont peu emballé.e.s, par un ralliement même subliminal à Montebourg tant ce dernier est lié aux politiques menées par le PS. Cette installation ne s’est pas faite sans effort, mais grâce à une campagne dynamique, un programme de rupture avec le carcan existant, un rejet du PS et des dérives maffieuses de la droite et un cadre original. Ce cadre, bien qu’enthousiasmant, oblige à innover à chaque étape en sortant de chemins tant de fois arpentés. Ce mouvement ouvert, se voulant inclusif, peut dérouter les encarté.e.s que nous sommes, car si il ne nous impose nullement de ranger nos cartes, il modifie au moins nos façons de faire et de dire dans un mouvement qui regroupent de nouvelles têtes, des primo militants, parfois éloignés de nos sous entendus et de nos références communes…

Enfin, si j’ai bien compris, tu souhaites faire de l’élection législative la priorité. Ça tombe bien, le programme de la France Insoumise, souhaite également dans le cadre d’une 6ème république mettre fin à cette monarchie présidentielle et redonner du pouvoir à l’assemblée nationale. Cependant, sous cette Vème république et son calendrier inversé, il ne semble pas possible de faire l’impasse sur la présidentielle en faisant des campagnes séparées.

Malheureusement, le résultat de la dernière législative dans notre circonscription commune en est un bel exemple. Ainsi, le candidat du PS, arrivé sans attache particulière sur la circonscription, avec un soutien plus que relatif des sections PS locales, affrontant un député sortant fort de réseaux locaux puissants, d’un appareil militant aguerri, dans la circonscription ou le candidat Mélenchon avait fait ses meilleurs score nationaux, a tout de même emporté la députation, entraîné dans le sillage de la victoire de Hollande à la présidentielle.

Aussi, parier que dans cette Vème république, il serait aisé de faire l’impasse sur la présidentielle, qui est, de fait, l’élection pour laquelle les citoyennes et citoyens se déplacent encore massivement est à mon avis une erreur. Il me semble pour le moins aventureux d’entrer sur un terrain de Rugby et d’être les seuls à jouer au foot !

programme-front-de-gaucheLa défaite du candidat Front de Gauche à Bagnolet/Montreuil en 2012 doit certainement trouver quelques raisons dans l’absence de liens entre les campagnes présidentielles et législatives puisque ceux et celles qui ont mené le plus activement la campagne présidentielle n’ont quasiment jamais eu de contact avec l’équipe de Campagne de JP Brard.

Au niveau national, cette stratégie de campagnes distinctes a eu pour effet de diviser par deux les voix entre la présidentielle et les législatives ! D’une part, parce que les candidat.e.s ont été enregistrés sous différentes étiquettes ( FDG, PCF, divers gauche, union de la gauche, PG,Fase …), d’autre part, parce que une fois leur candidat à la présidentielle éliminé certain.e.s ont choisi soit de ne pas voter soit de faire confiance, de bonne foi, aux candidat.e.s sensé.e.s mettre en œuvre les promesses (..sans lendemain…) de Hollande.

Ceci étant dit, la situation locale n’est pas simple, puisqu’à ce jour le PCF a proposé Gaylord Le Chequer et Nathalie Simmonet comme candidats pour la législative sans que ces derniers, à ma connaissance, ne se soient prononcés sur la campagne présidentielle. Je ne mets pas en doute les qualités et l’engagement de Gaylord qui a notamment été très actif, sur Montreuil, pour la campagne présidentielle de 2012. Mais le discours et la stratégie de la France Insoumise sont clairs depuis des mois, engager des candidat.e.s partout et plusieurs candidats ont déjà fait part de leur disponibilité pour incarner cette campagne.

Il est probable que sur de nombreuses circonscriptions se soient des candidats, par ailleurs au PCF qui portent les couleurs de la France Insoumise. Le processus de choix des candidats qui a été décidé nationalement va devoir articuler les propositions faites localement, la nécessité d’assurer une parité parmi les candidat.e.s, une représentativité des multiples forces qui se sont engagées (ou qui vont s’engager dans la campagne) et l’objectif réaffirmé d’avoir une majorité à l’assemblée. Ainsi, les comités de soutien de la circonscription vont proposer des candidats. Cette démarche vise à avoir une cohérence et sortir des tractations inter-partis qui peuvent, de l’extérieur ressembler à de la tambouille peu ragoutante.

« Celles et ceux qui accepteront cette investiture s’engagent à : soutenir Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle ; faire campagne sur le même programme national : « L’avenir en commun » ; se rattacher à l’étiquette politique « La France insoumise » lors du dépôt de candidature afin de participer à la totalisation des voix au niveau national ; se rattacher à l’association de financement « La France insoumise » lors du dépôt de candidature, ce qui inclut la possibilité d’accords de reversement entre cette association de financement et les candidats ou le groupement politique particulier qu’ils désigneront pour la première comme pour la seconde fraction du financement public, ; le sigle et l’intitulé national de campagne de France Insoumise, en respectant leur charte graphique, seront intégrés dans le matériel de propagande R39 (affiche officielle, circulaire électorale, bulletin de vote) ; siéger au sein du groupe qui sera constitué pour construire une coopération politique entre les députés de France Insoumise ou le mouvement auquel elle aura contribué à donner naissance si telle est la décision que nous prenons collectivement à l’issue des élections ; élire le/la présidente et le bureau du groupe ainsi constitué ; respecter la discipline de vote du groupe lorsqu’une décision collective a été prise conformément au programme l’Avenir en commun ; assumer au nom du groupe au moins deux réunions publiques par an hors de sa circonscription à l’invitation des groupes locaux issus de la France insoumise ; construire une coopération politique entre les député-es et le mouvement France insoumise, quelle que soit la forme que les signataires lui auront donné alors, afin d’examiner ensemble les projets de loi les plus importants, s’accorder sur les propositions à porter aux débats de l’assemblée nationale et le consulter pour chaque vote important et notamment celui du budget de l’Etat et de la sécurité sociale. »

lavenir-en-communCette charte, contrairement aux rumeurs qui circulent parfois, permet donc tout à fait qu’un candidat communiste puisse reverser les financements liés à son mandat à l’association politique de son choix. Pour le reste, se mettre d’accord sur le vote du budget et les mesures emblématiques du programme ne devrait pas être un obstacle, car non seulement nos programmes, nos objectifs sont, depuis longtemps, très proches mais en plus c’est quasiment le fonctionnement que nous avons dans les quelques collectivités que nous dirigeons ensembles. Bien entendu, je n’ignore pas la difficulté que peut représenter, pour un certain nombre de communistes de se fondre dans un tel cadre, mais au cours de sa longue histoire le PCF, a très souvent mis son drapeaux au service de causes bien plus larges y compris durant des périodes bien plus sombres que celle que nous traversons.

14947563_10209122465753366_2252109993911663574_nLe comité électoral national, sera composé d’insoumis-es non candidat-e-s, représentant les différents espaces de la campagne (espace des luttes et espace politique) et tiré-e-s au sort parmi les animateurs des groupes d’appui certifiés qui seront volontaires pour cela. De nombreux communistes participent déjà à l’espace politique en attendant que d’autres ne viennent renforcer ce collectif.

Ce comité apparaîtra pour certain.e.s comme trop vertical, mais la stratégie retenue est de faire de l’élection législative une campagne nationale et non 577 campagnes locales. D’autres aspirant à un processus, d’apparence, plus démocratique voudraient imposer des votes locaux sur les candidats, mais ne risque-t-on pas de se retrouver avec un grand nombre de primaire, dont le rejet est un des fondement de la campagne JLM2017 ? Le processus n’est sans doute pas parfait, mais il résulte de la prise en compte de nombreuse contradiction qu’il faut prendre en compte en même temps. La France Insoumise n’est pas un parti, les assemblées de circonscription ne sont pas formées d’adhérent.e.s encarté.e.s pour former une base électorale, il n’y a pas de leader locaux, ou de cadres dépositaires de je ne sais quelle autorité. dscf1271Chaque comité de soutien a fonctionné à sa façon, en menant ses actions, une assemblée ne peut servir qu’à une meilleure coordination locale mais sans que les comités perdent la souplesse et l’autonomie qui a été une force jusqu’à maintenant.

Les assemblées vont avoir lieu dans les circonscriptions, d’ici là, les militants du PCF se seront prononcés, aussi les craintes que tu formules sur une concurrence entre candidat.e.s insoumis.e.s et communistes n’auront peut- être pas lieu. Même, si une fois les choix partisans faits, il restera à gérer les égos des humain.ne.s( l’Humain d’abord c’est l’humain aussi !) , les cicatrices, les méfiances à l’intérieur et entre nos différentes organisations ou mouvements, les aigreurs localo-localistes pour parier ensemble sur des victoires possibles.

Laurent Abrahams