Loi Godwin, ou la défaite de la raison

Reductio ad Hitlerum

Reductio ad Hitlerum est une expression ironique désignant, sous forme de locution latine, le procédé rhétorique consistant à disqualifier les arguments d’un adversaire en les associant à Adolf Hitler ou à tout autre personnage honni du passé. Plus généralement, le procédé consiste à assimiler l’adversaire ou ses arguments à des idées, philosophies, idéologies détestées, par exemple en les qualifiant de nazies, fascistes ou staliniennes. Avec l’explosion des discussions via les réseaux sociaux cette expression a souvent été remplacée par la loi Godwin voir le point Godwin qui, de façon empirique observe que plus une discussion est longue sur les réseaux plus la probabilité que l’unE ou l’autre des débatteur ou débatrice utilise l’argument reductio ad Hiltlerum s’approche de 1. Le double sens « de point » peut alors être utilisé comme un point de perdu pour celui ou celle qui utilise cet argument ou comme un point final au débat (cf def wikipedia). Car quand on vous traite de nazi ou de stalinien sur un sujet qui n’a pas grand chose à voir avec la situation ou le débat, on peut raisonnablement penser que la discussion avec cette personne n’aboutira à rien de constructif.

Avec la montée de l’extrême droite dans toute l’Europe  la présence des thèmes racistes dans l’espace médiatique a augmenté. L’accélération des échanges via les réseaux sociaux tendent également à user de raccourcis que cela soit en 140 signes ou par une note de blog. Si, depuis longtemps, caricaturer la pensée ou les positions d’un adversaire est une arme politique, on peut tout de même se demander comment des personnes se disqualifient en assimilant leur contradicteur ou contradictrice à un nazi ou à un stal? Pourtant, objectivement les points communs entre ces personnes sont, le plus souvent, bien plus nombreux que leurs points de divergences et qu’en tous cas ils et elles sont très souvent tous et toutes très éloignéEs des thèses développées par ces idéologies qui ont obscurci le siècle dernier.

…déraper au point de se disqualifier…

Ainsi quand un secrétaire nationale du PCF, dans un blog de médiapart, (dont volontairement je ne mets pas le lien), se laisse aller à traiter le candidat, qu’il avait pourtant soutenu dès 2011 pour l’élection présidentielle de 2012 de « national-populiste » on ne peut que le plaindre. Comment un ancien leader de la CGT, un candidat du front de gauche aux législatives de 2012 peut déraper au point de se disqualifier ainsi en utilisant des termes dont les militantEs aguerriEs savent que la référence est celle de l’extrême droite.

Sans doute la réponse est-elle à chercher dans le fait que les mêmes idées nauséabondes sont utilisées par certains dirigeants du PS. A court d’argument, après un quinquennat désastreux, les SolférinienNEs n’ont plus, contre le candidat de la France Insoumise,  placé devant le candidat Hollande dans la plupart des sondages (avec les réserves d’usage sur les sondages), qu’à tenter de faire peur. Mais à qui peuvent-ils encore  faire croire que le candidat Hollande ou l’un de ces équivalents serait un rempart contre la droite extrême ou l’extrême droite?

… paresse intellectuelle…

Au jeu, du sauve qui peut, ils en sont réduit à faire dans la pensée raccourcie. Il est malheureux de voir que quelques dirigeants du PCF en sont au même point. Ne nous laissons pas aller à la même paresse intellectuelle en ne confondant pas quelques déclarations déshonorantes avec l’immense majorité des militantEs communistes qui même si ils et elles ne sont pas toujours d’accord(et c’est normal), ni sur la stratégie, ni sur toutes les idées portées par la France Insoumise permettent de faire vivre le débat de façon raisonnable.

L’une des conséquences possible est que localement, même ici, à Montreuil, certainEs usent du reductio Hitlerum et que des camarades aient la fainéantise de relayer ces attaques via leurs réseaux sociaux. C’est surtout que  les discours de haine se banalisent et on on sait à qui ils servent au final Ils et elles affaiblissent ainsi, ceux et celles qui sont en première ligne contre les partis xénophobes.

Faisons le pari que ces postures doublées de mauvais réflexes ne dépasseront pas le petit cercle de politicienNEs, et d’éditocrates en recherche de buzz car sur le terrain Jean-Luc Mélenchon est bien identifié comme, celui, parmi les candidats déclarés, qui est l’un, des adversaires le plus résolu contre le FN.

Crédit Photo : Le Monde / Patrice Terraz

…débattons…

La seule crainte c’est que ces phrases perfides laissent des traces et entretiennent la méfiance entre militantEs qui auraient pourtant tant à gagner à mener la bataille ensemble pour que le camp du progrès social et écologique soit en mesure de l’emporter dès 2017. Alors usons et abusons de la raison, débattons sur l’intérêt de la constituante, de la règle verte, du partage des richesses, du plan B, de l’écosocialisme, de la sortie du nucléaire, de nos conceptions de la laïcité, de la géopolitique, d’une campagne qui lie législative et présidentielle…Il y a suffisamment de points qui font débat dans notre camp  et entre les formations historiques du Front de Gauche qu’il faille recourir à des caricatures insultantes… surtout pour ceux et celles qui les profèrent.

Laurent Abrahams