Non à la vidéosurveillance à Montreuil

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Intervention de Laurent Abrahams au conseil municipal de Montreuil du 11.12.2019

Monsieur le Maire, cher.es collègues, mesdames, messieurs,

Tout au long de ce mandat la vidéosurveillance aura petit à petit gagné une partie de nos espaces publics. D’abords camouflée sous les traits de la vidéo-verbalisation le temps qu’un centre de supervision urbain soit installé pour un coût non négligeable, la vidéo revient cette fois –ci, un peu moins maquillée, sous le nom de vidéo protection dans le cadre d’un «  bouclier de protection » de Mme Pécresse qui laisse songeur.

Vidéo : https://www.facebook.com/elusfranceinsoumise93100/videos/667561877108676/

Quoi de plus normale pour la région Ile de France dirigée par la droite que de favoriser l’installation de caméras de surveillance puisque cette optique sécuritaire fait partie de son cursus idéologique, et de son fond électoraliste on s’attend à autre chose d’une ville comme Montreuil.

Mais 100 000 € de subvention c’est une bonne chose me direz vous dans ces temps de disette, ça en laisse tout de même plus de 350 000€ à la charge des habitants et habitantes de cette ville. Au moins pour  les quelques multinationales qui se partagent ce juteux marché les affaires fleurissent.

Nous avons donc, des réserves idéologiques qui portent globalement sur la surveillance mais aussi dans le cercle sur lequel nous entraînent  ces installations. D’une part une fois enclenchée il faudra moderniser sans fin puisque l’on peut compter sur les fabricants pour proposer de nouvelles versions de leurs logiciels, de leurs systèmes d’exploitations, la précisions de leurs images, la compatibilité avec tel ou tel système qu’une autre collectivité ou que l’Etat aura décider d’installer sans quoi nos vidéo seront inutilisables, sans parler des systèmes de reconnaissance faciale que le gouvernement Macron compte bien mettre à l’ordre du jour et qui fait le bonheur, malgré eux des Chinois et Chinoises…

Cette dérive technico-sécuritaire n’inquiète pas que la Fi, quelques gauchistes et zadistes puisque nombres d’ONG à l’échelle Française et européenne le sont aussi.

En France, les contrôles démocratiques de ce ces vidéos, pourtant couchées sur le papier, ne sont souvent pas respectés et les avis de la Cnil balayés au nom de la sécurité. Que dire de l’utilisation de la vidéo dans la répression du mouvement syndical, celui des gilets jaunes ou pour verbaliser des colleuses contre les féminicides dans des délais record quant il faut à la police des heures pour se déplacer quand une femme appelle au secours ? Que dire des éborgnés sous l’œil de nombreuses caméra qui par un malheureux hasard ne donnent rien quand  l’IGPN ne trouvent plus la trace des vidéos réclamées par les avocats ? Que dire des vidéos qui doivent être détruites au bout d’un mois, selon la loi et qui se retrouvent, des mois après les faits, opportunément dans les mains des proches et sur les réseaux sociaux pour discréditer des manifestant.es tabassées par un Benalla déguisé en policier.

Mais si au moins la vidéo avait fait preuve de son efficacité, nous n’aurions qu’à opposer nos principes « droits de l’hommiste » principe dont nous sommes cependant fier.e, mais selon de nombreuses études l’efficacité n’est absolument pas démontrée.

Au-delà des études Britanniques que nous avons déjà évoquées ici, la Ligue des Droits de l’Homme a étudié les données du ministère de l’intérieur pour la ville de Nice. En effet à Nice, est une emblématique dans l’installation de vidéo  puisque leur nombre y est passé de 900 à plus de 2600 caméra entre 2012 et 2018.

La LDH a comparé à l’évolution, notamment de deux catégories en lien avec l’espace public à savoir la catégorie « autres coups et blessures volontaires ou correctionnel » et la catégorie « Cambriolage »

Pour la première on constate une augmentation de 13% des cas sur la même période et pour l’autre malgré un triplement du nombre de caméras, le même nombre de cambriolage entre 2012 et 2018.

Alors je sais que l’on pourra me répondre que dans le cadre de la lutte des tas sauvages la vidéo est utilisée. Alors d’une part ces vidéos sont positionnées quand les agents ont repéré que le tas est déposé régulièrement par un véhicule pour leur éviter, donc, une surveillance sur ce point précis à des heures tardives et d’autres part le nombre de PV mis à l’aide de la vidéo était l’année passée d’une vingtaine sur 1500 PV liées à la propreté relativisant donc son efficacité.

Pour l’ensemble de ces  raisons de principes et  pour l’absence de preuve de l’efficacité de la vidéo, et en tous cas l’absence de gain de l’utilisation de la vidéo en comparaison de la présence humaine, nous voterons contre ces délibérations.