Conseil municipal du 13-12-17 : Intervention de Riva Gherchanoc sur les violences faites aux femmes

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Monsieur le Maire,

Mesdames, messieurs les élu-e-s,

Chères montreuilloises et montreuillois,

Simple main aux fesses parce que « t’es bonne » ou coup de poing dans ta gueule « parce que tu l’as bien cherché », il y a urgence à agir pour éliminer les violences faites aux femmes, fléau majeur de société et de santé publique.

123 féminicides en 2016.

90 % des femmes victimes de viol connaissent leur auteur.

+200 000 femmes chaque année sont victimes de violences.

Des chiffres accablants !

Tout le monde s’accorde à le reconnaître. Et après ?

Le Président Macron, à l’occasion de la journée du 25 novembre, annonçait officiellement depuis l’Elysée, que la grande cause nationale de ce quinquennat sera consacrée à l’égalité entre les femmes et les hommes. Trois priorités : l’éducation, un meilleur accompagnement des victimes et un renforcement de l’arsenal répressif.

Comment réaliser ces mesures sans moyens, sans budget. Si sur le principe les associations féministes nationales approuvent cet engagement, elles exigent davantage de moyens.

Il annonce un budget au secrétariat de Marlène Schiappa de 30 millions d’euros, soit le niveau le plus haut. Certes en 2016, il était de 27 millions, et rapporté au budget total de l’État, cela représentait 0,006%. Donc en 2017, cela doit faire 0,007 %.

Des miettes autrement dit quant au coût estimé des violences à 2,5 milliards d’euros par an.

Par manque de financement, les associations peinent déjà à remplir leur mission. A présent, les baisses de subventions à la vie associative, les baisses de dotations aux collectivités et la suppression des contrats aidés ne font qu’aggraver leur sort, obligeant certaines à revoir leur mission à la baisse (je pense à la maison des femmes), ou parfois mêmes les obligent à fermer (association  des Femmes du Franc-Moisin après 37 ans de présence et d’animation dans le quartier).

Les violences subies par les femmes et les jeunes filles n’ont pas de couleur de peau, pas d’origine, pas de religion et pas d’orientation sexuelle. Le point commun à toutes les femmes, ici en France ou dans le monde, s’appelle le patriarcat. Autrement dit les violences sont la résultante de notre société fondée sur un rapport de domination, la base des inégalités entre les femmes et les hommes.

En Europe, les droits des femmes en matière d’accès à la contraception et à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ne cesse de reculer. L’Arménie, la Géorgie, la Macédoine, la Russie et la Slovaquie ont adopté des mesures plus strictes pour l’accès à l’avortement. La Pologne l’année passée avait réintroduit l’obligation d’une prescription médicale pour y accéder. Ces menaces sont résurgentes pour la santé et les droits sexuels et reproductifs des femmes.

Que dire des femmes migrantes qui fuient leur pays à cause des guerres ou pour raison économique et qui partent prioritairement avec des moyens contraceptifs dans leur bagage car elles savent qu’elles seront violées tout au long de leur périlleux parcours !

En France, deux débats évincent cette prise en compte des violences. La République ne protège pas ses enfants quand elle décide d’une loi pour que la garde alternée devienne le principe et lorsqu’elle débat de l’âge de la majorité sexuelle car la justice refuse de poursuivre un homme de 28 ans pour viol sur une fille de 11ans.

La loi ne protège pas suffisamment les mineur-e-s.
Seul un principe dit que la majorité sexuelle serait reconnue à l’âge de 15 ans.
La journaliste, Gwendoline Coipeault questionne à juste titre : « à quelle petite fille peut-on affirmer aujourd’hui avec certitude qu’elle traversera sa vie sans violence sexuelle ?  A quelle femme ? Impossible de nier l’évidence, le patriarcat est bien vivant et il est plus que temps de lui faire la peau ».

Si la parole d’une frange de la société civile s’est libérée par des hashtags, il ne suffit plus pour le pouvoir politique de s’en contenter. Nous avons collectivement la responsabilité de combattre la violence institutionnelle, pas de l’encourager par une publicité sordide comme l’a fait le maire de Béziers qui vient d’assassiner une seconde fois la femme tuée par son mari en juin dernier en l’attachant sur des rails de TGV. Robert Ménard doit être destitué de ses fonctions.

A Montreuil, avec Stephan Beltran, conseiller délégué au logement, dès le début de mandat nous avons saisi l’occasion de la mise à jour de la grille de quotations pour mettre en place l’attribution de 75 points pour les femmes victimes de violences demandeuses d’un logement. Soit la plus forte quotation.

Dans un parcours de sortie des violences, le logement est une priorité pour se mettre à l’abri. Mais il ne suffit pas évidemment. Il faut affronter le maintien dans l’emploi ou une recherche de formation et de qualification, il y a la reconstruction de madame, la prise en charge psychologique des enfants à assurer, la justice à affronter (du divorce à la protection sur ordonnance selon les cas).

Bref le parcours d’une combattante qui doit tout affronter en même temps car tout est urgent. Question de survie !

[Je rappelle que depuis le début de ce mandat en mars 2014, deux marches ont été organisées à Montreuil avec l’observatoire départemental contre les violences faites aux femmes pour rendre hommage aux deux femmes assassinées par leur conjoint ou ex mari. L’une s’appelait Moussokoro, assassinée dans la nuit du 8 juin 2014.

L’autre s’appelait Aïcha, assassinée le 27 octobre 2016.

Le 29 novembre dernier, c’est la championne d’atlétisme, ZenashGezmu, agée de 27 ans, qui est retrouvée morte dans son appartement. L’enquête est en cours. Elle était passée au CAM, au club de Neuilly sur Marne qui lui a rendu hommage la semaine dernière, avant de rejoindre le Stade Français.]*

La question des statistiques est une question fâcheuse avec le commissariat qui se refuse à les communiquer. Comment lever le tabou ? Et comment encourager les femmes à déposer plainte ?

1 femme sur 10 déclare avoir été victime de violences (physiques, verbales, psychologiques, sexuelles) selon l’enquête nationale sur les violences faites aux femmes

Et seule 1 plainte sur 10 aboutit à une condamnation.

A Montreuil, le réseau local contre les violences faites aux femmes et aux jeunes filles que je préside, travaille tout au long de l’année sur différents thèmes liés aux violences. De nouveaux groupes de travail s’instaurent pour prendre en compte par exemple les auteurs de violences.

C’est d’ailleurs pour moi l’occasion de remercier publiquement l’ensemble des professionnel-le-s et bénévoles de la ville et du département pour leur travail quotidien. La mission Droits des Femmes que nous comptons parmi les services municipaux demeure essentielle. Toutes les villes n’en ont pas, et parfois la supprime par décision politique ou par arbitrage budgétaire.

Je termine cette intervention pour annoncer publiquement l’édition du guide-annuaire à destination des professionnel-le-sdans une seconde édition actualisée.

Et surtout la réédition de 10 000 exemplaires du mémo « femmes, victimes de violences » avec tous les numéros d’urgence ou de première porte d’entrée.

Ce petit dépliant, vous le trouvez dans l’ensemble des services et accueils publics de la ville. Il est discret, se glisse facilement dans une poche ou un sac à main.

Ces outils sont consultables et téléchargeables sur le site de la ville : http://www.montreuil.fr/vie-citoyenne/egalite-femmes-hommes/

Chacun-e responsable et collectivement disons STOP aux violences faites aux femmes !

La peur doit changer de camp !

Je vous remercie.


*Cette partie n’a pas été lue lors du Conseil par faute de temps.